Formation · Module 1 · Sécurité · 15 min
Par Midane RAMDANI
À la fin de ce module, vous saurez :
- situer les principaux risques d’accident en entrepôt, chiffres à l’appui ;
- rappeler les obligations essentielles du Code du travail ;
- classer vos actions de prévention de la plus efficace à la moins efficace ;
- expliquer le rôle du sauveteur secouriste du travail (SST) et sa conduite à tenir ;
- installer quatre routines sécurité dans votre équipe.
Public : chefs d’équipe, adjoints, responsables d’entrepôt, directeurs de site.
Situation de départ
Situation illustrative. Lundi, 6 h 40, quai de réception. Un préparateur soulève seul un colis trop lourd pour gagner du temps sur un camion en retard. Il se bloque le dos. Son collègue ne sait pas s’il faut le déplacer, personne ne sait qui est secouriste dans l’équipe du matin, et le chef d’équipe apprend l’accident vingt minutes plus tard.
Rien d’extraordinaire dans cette scène : c’est justement ce qui la rend instructive. Elle réunit le risque le plus fréquent en entrepôt, une organisation qui pousse à contourner la règle et des secours mal préparés. Ce module reprend chacun de ces trois points.
1. Les chiffres qui comptent
En 2024, l’Assurance Maladie a reconnu 549 614 accidents du travail avec arrêt, soit un indice de fréquence de 26,4 accidents pour 1 000 salariés du régime général. La tendance est légèrement à la baisse (– 1,1 % en un an), mais les maladies professionnelles, elles, continuent d’augmenter (+ 6,7 %), portées par les troubles musculosquelettiques (TMS), qui représentent près de 90 % des maladies professionnelles reconnues [1].

Quatre familles de risques expliquent l’essentiel des accidents : la manutention manuelle arrive très loin devant, à l’origine d’environ un accident sur deux, suivie des chutes de plain-pied, des chutes de hauteur et de l’outillage à main [1][4]. Pour un entrepôt, le message est direct : la sécurité se joue d’abord sur le port de charges, l’état des sols et la circulation.

Le secteur des transports et de l’entreposage est nettement plus exposé que la moyenne : en 2019, on y comptait 59,5 accidents déclarés pour 1 000 salariés, contre 33,5 pour l’ensemble des secteurs [3]. Les deux indicateurs ne se calculent pas exactement comme l’indice de 2024 cité plus haut, mais l’écart entre la logistique et la moyenne, lui, est constant d’une année sur l’autre.
À retenir : selon l’Assurance Maladie, plus de 20 % des décès par accident du travail surviennent dans la première année au poste [5]. L’accueil sécurité d’un nouvel arrivant ou d’un intérimaire n’est jamais une formalité.
2. Ce que dit la loi, en cinq points
Le manager de proximité n’a pas besoin d’être juriste, mais il doit connaître le socle. C’est lui qui fait vivre ces obligations sur le terrain, même si la responsabilité première reste celle de l’employeur.
| Obligation | Ce que cela veut dire sur le terrain | Référence |
|---|---|---|
| Obligation de sécurité de l’employeur | Prendre les mesures pour protéger la santé physique et mentale des salariés : prévention, information, formation, organisation adaptée. | Code du travail, L4121-1 |
| Principes généraux de prévention | Éviter le risque, l’évaluer, le combattre à la source, adapter le travail à l’homme, privilégier la protection collective… | L4121-2 |
| Document unique (DUERP) | Évaluer les risques par unité de travail et tenir le document à jour, au moins chaque année dans les entreprises d’au moins 11 salariés. | R4121-1 et R4121-2 |
| Formation à la sécurité | Former à l’embauche, au changement de poste ou de technique, et pour les intérimaires. | L4141-2 |
| Premiers secours | Un membre du personnel formé aux premiers secours dans chaque atelier où sont réalisés des travaux dangereux. | R4224-15 |
3. Prévenir : agir d’abord à la source
Le réflexe naturel face à un accident est de rappeler la consigne ou de distribuer un équipement de protection. C’est utile, mais c’est le dernier niveau de prévention. Les principes généraux de prévention demandent de traiter le risque dans un ordre précis : d’abord le supprimer, puis le réduire, puis protéger collectivement, et seulement ensuite individuellement.

Reprenons la scène du quai. Rappeler « on ne porte pas seul au-delà d’un certain poids » agit en bas de la pyramide. Revoir le planning pour qu’un camion en retard ne mette pas l’équipe sous pression, prévoir un transpalette ou un binôme au déchargement, demander au fournisseur des colis moins lourds : voilà des mesures qui agissent en haut, là où elles protègent tout le monde sans dépendre de la vigilance de chacun.
4. Le sauveteur secouriste du travail (SST)
Le SST est un salarié de l’entreprise formé pour porter les premiers secours à une victime d’accident ou de malaise, et pour contribuer à la prévention. La formation initiale dure 14 heures ; elle débouche sur un certificat valable 24 mois au niveau national, prolongé par un stage de maintien et d’actualisation des compétences (MAC) de 7 heures [6][7].

Pour le manager, trois questions suffisent à vérifier que le dispositif fonctionne : combien de SST sont présents sur chaque équipe et chaque plage horaire, y compris la nuit et le week-end ? Leurs certificats sont-ils à jour ? Et surtout, tout le monde sait-il qui ils sont ? Un affichage à jour près de la trousse de secours et du défibrillateur règle la moitié du problème de notre scène d’ouverture.
Ce module sensibilise ; il ne remplace pas la formation SST, qui ne peut être délivrée que par un organisme ou un formateur habilité par le réseau Assurance Maladie – Risques professionnels / INRS.
5. Selon votre secteur
Agroalimentaire
Froid positif et négatif, sols humides, préparation de commandes à cadence soutenue. Priorités : tenues grand froid et temps de récupération, nettoyage des sols intégré au planning, rotation des postes pour limiter les TMS. Vérifiez que les chambres froides s’ouvrent de l’intérieur et que les secours y ont été exercés.
Industrie
Pièces lourdes ou encombrantes, coactivité entre engins, piétons et ateliers de production. Priorités : plan de circulation séparant piétons et chariots, aides à la manutention adaptées aux pièces, protocole clair aux points de rencontre entre logistique et production.
Pharmaceutique
Zones à température maîtrisée, produits à forte valeur, exigences des bonnes pratiques de distribution. Priorités : procédures de casse et de déversement de produits actifs, gestes de manutention en zone froide, formation des équipes aux écarts de température et à leur remontée immédiate.
Produits dangereux
Incompatibilités de stockage, fuites, incendie. Priorités : respect des règles de séparation entre familles de produits, kits anti-déversement accessibles, fiches de données de sécurité disponibles au poste. Les personnes qui interviennent dans l’expédition doivent recevoir la formation prévue par l’ADR (chapitre 1.3).
6. Quatre routines du manager de proximité
- La minute sécurité au brief. Un seul sujet par jour, concret et lié à l’activité du moment : un camion lourd attendu, un sol refait, une allée encombrée.
- La remontée des presque-accidents. Remercier celui qui signale, jamais le sanctionner. Un presque-accident, c’est un accident qui vous a laissé le temps d’agir.
- La visite terrain. Quinze minutes par jour dans les allées, à observer le travail réel plutôt que la procédure écrite, et à demander aux opérateurs ce qui les gêne.
- L’accueil sécurité. Chaque nouvel arrivant et chaque intérimaire est accueilli au poste, avec un tuteur désigné, avant sa première préparation.
Quiz : vérifiez vos acquis
Touchez chaque question pour afficher la réponse.
1. Quel risque est à l’origine d’environ un accident du travail sur deux ?
La manutention manuelle. Viennent ensuite les chutes de plain-pied, les chutes de hauteur et l’outillage à main.
2. Combien de temps le certificat SST est-il valable ?
24 mois. Il est prolongé par un stage de maintien et d’actualisation des compétences (MAC) de 7 heures.
3. Dans quel ordre le SST intervient-il ?
Protéger, examiner, faire alerter, secourir.
4. Distribuer des gants renforcés : mesure prioritaire ou complémentaire ?
Complémentaire. La protection individuelle vient après la suppression du risque, sa réduction et la protection collective.
5. Tous les combien le document unique doit-il au minimum être mis à jour dans une entreprise de 50 salariés ?
Au moins une fois par an, et à chaque changement important (nouvel aménagement, nouvel équipement, accident révélant un risque).
Check-list à utiliser dès demain
- ☐ Je connais les SST présents sur chacune de mes équipes et de mes plages horaires.
- ☐ Les dates de fin de validité des certificats SST sont suivies.
- ☐ La liste des SST et les numéros d’urgence sont affichés près des trousses et du défibrillateur.
- ☐ J’ai lu la partie du document unique qui concerne mon secteur.
- ☐ Une minute sécurité est prévue à chaque brief.
- ☐ Les presque-accidents ont un canal de remontée simple et connu de tous.
- ☐ Chaque nouvel arrivant a un accueil sécurité et un tuteur.
Sources et références
- Assurance Maladie – Risques professionnels, Rapport annuel 2024, novembre 2025.
- Assurance Maladie – Risques professionnels, L’Essentiel 2024 – Santé et sécurité au travail.
- SDES, ministère de la Transition écologique, Données sociales du transport routier de marchandises 2022 – Les accidents du travail (données Cnam).
- Carcept Prev, synthèse du rapport AT/MP 2023 de l’Assurance Maladie et de l’étude Dares.
- Les clés du social, Les accidents du travail mortels sont en hausse en 2024 (d’après le rapport annuel 2024 de l’Assurance Maladie).
- INRS, Devenir sauveteur secouriste du travail.
- INRS, Document de référence du dispositif Sauvetage Secourisme du Travail.
- Légifrance, Code du travail : articles L4121-1, L4121-2, L4141-2, R4121-1, R4121-2 et R4224-15.
Chiffres et références vérifiés en septembre 2026.
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